Colombie – Beau dehors, flou dedans

L’avion a atterri à Baranquilla le dimanche 29 avril. C’est une des grandes villes de la côte nord de la Colombie, qui donne sur la mer Caraïbe. J’avais rendez-vous le lendemain à Minca, petit village plus à l’est, avec Heidrun et Paul qui allaient me confier leur maison pendant tout le mois de mai. Pour me rapprocher j’ai pris un bus direction Santa Marta, autre ville touristique de la côte, proche de Minca. Trouver le bon bus a été une petite aventure avec des interactions sympathiques.
Je n’étais pas très à l’aise, à vrai dire. Même si je savais que la Colombie était un pays très accueillant (100% des témoignages des personnes qui y sont allées le disent), j’avais aussi les préjugés d’un pays peu sûr.
C’était un peu comme me jeter dans l’eau d’un fleuve que je pensais tourmenté, en ayant confiance que tout allait bien se passer. Et ça s’est super bien passé. Depuis l’aéroport il m’a fallu deux bus et un taxi pour arriver à Santa Marta. Je n’ai pas pris la navette directe depuis l’aéroport mais des colectivos, moins chers et qui me permettaient de me jeter à l’eau, justement. D’aller vers les gens pour leur demander des informations. Résultat, j’ai été bien aidée, par les chauffeurs, des passagers et des vendeurs de rue. Premiers pas dans la déprogrammation.

Près du grand marché de Santa Marta, attente du départ du colectivo pour Minca

J’ai passé une nuit à Santa Marta. C’est la ville la plus chaude que j’ai croisée pendant tout mon voyage jusqu’à présent. Je transpirais sur place, même assise sur une chaise. Le soir j’ai vadrouillé dans les rues autour de l’hospedaje (c’est un peu comme un hôtel mais sur le lieu de vie d’une famille ; une sorte de pension, ou maison d’hôte) où j’avais une chambre, à la recherche d’un distributeur de billet car je n’avais pas un rond. Ca a été assez difficile. En fait j’en ai trouvé un dans un supermarché ; c’est là qu’on a le plus de chance d’en trouver, petit guichet à l’intérieur.

Le lendemain je suis allée au grand marché municipal d’où partent les colectivos pour Minca, dans l’arrière pays. Cet arrière pays montagneux qui s’appelle Sierra Nevada et qui est particulier au niveau mondial. On y trouve un environnement très préservé et également des villages indigènes encore présents, les Kogis. Pour les indigènes, le cœur de la planète est dans la Sierra Nevada. Le mont Cristobal Colon culmine à 5775 m le mont Simon Bolivar à 5774m, tout en étant seulement à 42 km de la mer, ce qui en fait les plus hauts sommets du monde en altitude relative.
Je suis arrivée à l’Arca Minca, propriété d’Heidrun et Paul en début d’après-midi. C’est un couple d’allemands qui a élu domicile dans ce village colombien il y a 5 ans, après avoir pas mal voyagé et littéralement flashé pour ce site. Ils y ont construit leur grande maison par eux-même, à deux et des brouettes (littéralement). Paul connait très bien la construction et je suis plutôt admirative quant au résultat, vu le terrain très en pente où ils ont dû acheminer les matériaux.

Arca Minca vue du versant d’en face. La route passe au niveau des bâche orange et du studio blanc, plus en hauteur.

La maison est un peu en contre-bas par rapport à la route. Au bord de cette dernière ils ont construit un petit studio qu’ils louent et une petite échoppe qui fait café et vente de produits maison, faits par Heidrun (confitures, chocolat, vin aromatisés, cosmétiques). Un employé s’occupe du café qui, pendant mon séjour, était ouvert uniquement les vendredi-samedi-dimanche-jours fériés. Les autres jours cet employé (qui s’appelle Manuel mais que tout le monde appelle Manolo) s’occupait du jardin et de la volaille.
Une matinée par semaine il y avait une autre employée, Jeimis, qui venait faire le ménage. En fait mon rôle était de fermer le poulailler le soir, m’occuper des deux chats et donner à manger aux tortues le matin.

Panneaux solaires dans le jardin, en contrebas de la maison

La maison était très grande et très agréable. L’eau venait de la montagne, il y avait quand même un deuxième robinet d’eau filtrée par sécurité mais normalement l’eau courante était bonne. L’électricité était 100% solaire, avec une bonne quantité de panneaux dans le jardin pour alimenter la maison et ses équipements : machine à laver, réfrigérateur, congélateur, appareils électroménagers. Il fallait surveiller le niveau des batteries, notamment par jour nuageux et éventuellement couper le frigo et le congélateur pendant le nuit. Mais ça n’a jamais été nécessaire. Heidrun dit que ça arrive surtout à la forte saison des pluies, en novembre.
L’assainissement est en phytoépuration, très efficace car elle traite les eaux noires (se dit quand est inclue l’eau des toilettes).

Cuisine, immense

Séjour-salon

Séjour et cuisine

Salle de bain, trop chouette de prendre un bain face à la vue. Sinon j’avais ma salle de bain perso avec douche.

La chambre d’Heidrun et Paul

Ma chambre

Leur départ était le jeudi 3 juin, j’ai ainsi passé quelques jours avec eux, ce qui a permis de bien faire le tour des choses à savoir et de faire un peu connaissance. Avec Heidrun principalement, parce que Paul ne parle qu’allemand et polonais (sa langue natale). Aucun des deux ne parle beaucoup espagnol, nous parlions anglais ensemble.

Le jardin comportait essentiellement des arbres. Comme Arca Minca est surtout dédiée aux animaux (arca = arche), un potager serait difficile à tenir. Il y avait des bananiers, citronniers, papayers, manguiers, avocatiers, arbres à fruit de la passion, cacaoyer (trop jeune pour donner), cafetier (histoire de), … On croulait sous les mangues et les avocats, et souvent sous les bananes aussi. Le rêve.
Parmi tout ça se baladaient le paon Alberto, sa compagne Lily, six pintades, une dinde, cinq poules et trois poussins. A mon arrivée du moins. A mon départ il y avait deux poussins de moins (disparus par une nuit où le poulailler a été attaqué par on-ne-sait-quoi, mais ça été une belle panique à l’intérieur) et plein de poussins de pintades en plus. Dans un petit enclos il y avait aussi cinq tortues, animal fétiche d’Heidrun. Et puis les deux chats Moly et Tango, mère et fils.

Alberto, qui faisait souvent le beau.

Une des cinq tortues

Pintades, poule et poussins

La vue était superbe, hypnotisante, car changeante au grès de l’heure du jour, des nuages, des rayons de soleil, des averses tropicales. Il y avait en permanence le bruit des chicharras, insecte ressemblant à une cigale mais en plus bruyant. Le jour les oiseaux sauvages, les chants des pintades (un peu agaçant tellement c’est moche et ça dure) et les cris d’Alberto.

Beaucoup de maisons installe ces distributeurs d’eau sucrée spécialement conçus pour les colibris, qui adorent. Arrêter pendant plusieurs jours quant les abeilles aussi viennent s’abreuver.

Chicharra en action, imaginer quand il y en a des centaines.

C’était à la fois un endroit idéal, et un endroit qui a été difficile pour moi. Idéal pour tout ce que je viens de décrire et qui était vraiment agréable ; je remerciais pour la chance de bénéficier de tout ça. Mais également difficile parce que cette pause, en m’enlevant le quotidien de découverte m’a remise face à moi-même, dans un quotidien sédentaire. Avec les bons côté d’avoir mes rythmes, mes activités, mes menus, mais aussi de me retrouver face à mon vide et mes fantômes.
Emotionnellement il y a eu des moments très difficiles. Ca a été un peu comme une machine à laver. Je me sentais fatiguée et un êu ecourée en permanence. A travers ça j’ai aussi fait du tri et ai changé de regard sur des périodes de ma vie.

Le café Arca Minca

Manolo, fidèle au poste. Cet homme est une perle. D’une gentillesse, d’un calme et d’un professionnalisme incroyable. Toujours le sourire et d’humeur égale. Il était là tous les jours, et continuait le soir chez lui où il tenait une pizzeria. Je ne sais pas comment il fait.

D’un autre côté, je me sentais également gênée par la présence quotidienne de Manolo qui était là tous les jours sans exception, dés 7h du matin et jusqu’à 16h en semaine, 18h quand il s’occupait du café. Je ne me sentais pas vraiment chez moi, observée, pas complètement libre. Intéressant comment l’autocensure et la gêne peut avoir lieu de mon propre fait, simplement en pensant à ce que l’autre pourrait penser et en donnant de l’importance à ce pseudo regard. En quoi ça me gênait : sur mes horaires de levé et de coucher, sur mes activités dans la journée, sur mes tenues vestimentaires (quand je suis vraiment chez moi je peux me balader en slip ou nue quand j’ai envie). Je ne pouvais que constater mes propres mauvais jugements sur moi-même.

Vue depuis la maison

Vue depuis la maison

Vue zoomée depuis la maison

Vue du soir depuis la maison

Coucher de soleil depuis la maison

Avant le coucher du soleil

Heureusement, il y avait Mathilde, une française installée à Minca depuis deux ans et que je voyais régulièrement. C’était vraiment agréable de pouvoir échanger en français, rassurant aussi, dans cette période morose. Elle pratique des massages et des séances d’osthéopathie et, comme je connais aussi quelques massages, elle m’a proposé de faire des échanges ; quelle aubaine. J’ai ainsi pu recevoir des séances et me remettre à pratiquer en lui en donnant également quelques unes. Nous avions à ce moment là des préoccupations communes et c’était chouette de pouvoir partager là dessus et sur plein de choses d’autre. Mathilde travaille aussi à temps partiel pour une association qui veut aider les Kogis. Ils ont un mode de vie tellement éloigné du notre que c’est difficile pour eux, d’autant plus que « nous » avons envahi des terres, des lieux qui avaient une utilité pour eux. En ce moment l’association (franco-espagnolo-colombienne) cherche un terrain sur la côte pour y construire un lieu où les kogis pourraient se retrouver et être héberger quand ils vont s’approvisionner en poisson. Ils n’ont pas l’argent pour aller à l’hôtel ni les codes pour utiliser nos modes de fonctionnement. L’alcoolisme augmente parmi ce peuple.

En rando

En rando

Gens du campo (de la « campagne ») qui se baignent

J’ai également apprécié de randonner aux alentours. Forêt, sentiers, cascades, … et douches tropicales car en général quand je marchais il se mettait à pleuvoir. J’ai visité une ferme qui cultivait le cacao et qui faisait des prestations de visites guidées. Je voulais en apprendre plus sur la culture et la transformation de ces fruits mais j’ai été très déçue. En fait, comme il le disaient eux-même, il n’y a pas une Culture du cacao en Colombie. La population n’en consomme pas vraiment et il n’y a pas d’activité économique autour de ça. Ce qui est dommage car la Colombie est sur l’aire de répartition d’une des meilleures variété de cacao : le criollo.

Pierre qui ne roule pas

A Minca, ils font un peu exception parce que c’est un lieu touristique où il y a un filon. La ferme cultivait deux hectares de cacaoyers et tout était écoulé sur place, en vente aux visiteurs et un peu au village. Mais il n’y avait pas de vrai savoir faire. Les fèves n’étaient pas fermentées dans des feuilles de bananiers comme je l’ai vu faire au Guatemala, elles étaient remuées tous les jours pendant la fermentation (ce qui est trop, la fermentation n’a pas le temps de bien se faire) et surtout, elles n’étaient pas toastées ensuite mais carrément torréfiées, trop brûlées, comme du café. Les saveurs se perdaient avec la chaleur et le chocolat n’était pas terrible. Cependant, ça reste différent et meilleur que du chocolat industriel donc ils arrivaient à vendre ce produit original. Mais j’ai vécu ça un peu comme une pseudo-arnaque, une animation sur une activité pas très pro. Des amateurs sans concurrence ni réel savoir faire qui exploite un filon touristique. Faut dire que, par contre, leur vrai boulot c’est le café. Ca, les colombiens ils connaissent. La ferme avait 40 hectares de café et il était très bon.

Plantation de café

A Minca j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer Morgan, un français installé comme maraîcher bio depuis quelques années. Avec son frère et des amis, il a quitté la France où il est très difficile de créer une activité et de s’installer. Après des essais et réajustements il a créé son grand jardin potager, son frère est boulanger (petite boulangerie de pains au levain dans le village) et ses amis ont un hôtel/auberge plus haut dans la montagne. Morgan a appris sur le terrain, à travers des séjours comme volontaire dans ses précédents voyages. Il s’améliore au fil du temps, dans un milieu où les insectes dévastateurs et les maladies fongiques (champignons microscopiques) ne manquent pas. Les pires sont les fourmis champignonnières. Il y en a partout dans les pays que j’ai traversé en Amérique centrale. On les repère bien car elles font des files interminables de fourmis portant des bout de feuilles énormes pour leur taille. En un rien de temps elles peuvent défeuiller un arbuste, si c’est ce qu’il faut pour leurs champignons. Car c’est pour eux, pour les cultiver qu’elles vont en quête de la plante qu’il faut. Ca change, donc si elles ont ratiboisé votre bananier ou vos choux ou je ne sais quoi, elles passeront à une autre variété ensuite. Elles varient les apports.

Morgan et ses cultures. Sous les tropiques il faut installer des protections contre les pluies qui sont trop fortes pour les plants. Comme ici des toits en maille légère.

Plants de tomate, dans un tunnel de maille pour protéger des fortes pluies et des insectes

Toujours est-il que Morgan veut vraiment être bio et se donne les moyens de l’être (contrairement à d’autres maraichers rencontrés qui me disent que c’est impossible de ne pas traiter un peu sous les tropiques). Il n’utilise rien, sauf dans les trois fourmilières qu’il a repéré autour de son terrain ; en ayant marre de voir des cultures entières se faire découper, il met un peu de produits dans les colonies pour les empêcher de se développer. Ca ne les annihile pas, donc il doit refaire la manip de temps en temps. Une autre conséquence aussi est qu’il est surtout sur des cultures rapides : beaucoup de légumes feuilles, qu’il récolte jeune pour en faire du mesclun. Il fait également des graines germées dans un petit atelier conçu pour ça. Et, j’ai surtout pu, enfin, manger de vraies tomates ; un bonheur. C’est une des choses qui m’étonnent en Amérique du sud, le peu de diversité de tomates et leur manque de goût. Pour le berceau du légume c’est un peu dommage. Ceci dit j’ai lu dernièrement que le vrai berceau c’est les Andes, notamment au Pérou : j’ai peut-être quelques bonnes surprises devant moi.
J’ai passé quelques heures à discuter avec lui et c’était vraiment super sympa. Nous avons pas mal parlé politique également ; c’était très intéressant de croiser les idées.

Fourmis champignonnières que j’avais filmé au Costa RIca

A Minca j’ai essayé de faire le point, de prendre un peu plus position dans mon voyage et ma vie, de faire des choix, d’avoir des objectifs, d’exister. Mais je n’y suis pas parvenue. C’est même devenu presque pire avec cet effet machine à laver qui élague et met tout à zéro. Ca a balayé mon identité même de voyageuse. Ca m’a encore plus vidée du sens que je pouvais donner à mon existence. Plein phare sur mes blocages, mes handicaps, mes mensonges à moi-même. Je me sentais dans une sorte de vrai, de sincérité, mais le tableau n’était pas terrible à voir ou plutôt à ressentir, en honte et culpabilité. Mais c’était aussi moi. A présent il fallait l’assimiler, l’accepter, et peut-être arriver un jour à l’aimer comme une œuvre à part entière, créée au fil de mon parcours. Il paraît que les voyages nous poussent à nous perdre, pour mieux nous trouver. Je confirme qu’au moins la première étape est vraie.

Depuis les hauteurs au-dessus de Minca. On voit Santa Marta sur la gauche.

Dans Minca. C’est un petit village pour moi sans grand intérêt. Entièrement tourné vers le tourisme, il y a très peu de vie et d’animation locale (pas de marché, peu de commerces et comedors pour les locaux, etc). Ici encore, ambiance pseudo altermondialiste, yoga, bien-être, pseudo-écologie, mais essentiellement pour l’image et le ciblage d’une certaine clientèle. En profondeur rien ne change, je trouve. Surtout pas à Minca. Mais ça a au moins le mérite d’être un lieu agréable et très sûr.

Variété de jasmin dont les fleurs ne s’ouvrent que la nuit et qui embaument l’air d’une odeur très puissante. Rien qu’à regarder la photo je la ressens un peu. J’adore.

Le jour de reprendre la route est venu et c’est tout juste si j’avais un peu de vent dans mes voiles pour avancer. Oui j’en avais, comme on veut passer à autre chose, faire des pas vers d’autres changement que j’espérais plus agréables. Mais l’élan était faible. Il y a des moments où, à force d’espérer du mieux, je suis blasée même de l’espoir. Je ne me sentais pas désespérée, mais juste vide. Pas dans le plus, mais pas dans le moins non plus. Dans un rien. Ce n’est pas forcément désagréable ce rien. Ce qui l’est ce sont les idées et les triturations mentales qui me disent que ce n’est pas normal, que je devrais, que je pourrais être ou faire autre chose. Que je suis nulle, ennuyeuse, vieille, inapte, handicapée. J’en suis même arrivée à sentir un léger autisme en moi, à certain niveau où je bloque très rigidement et irrationnellement comme les autistes.

Pozo azul (puit bleu), LE site le plus visité à Minca. Les gens viennent de Santa Marta voire Baranquilla pendant les week-end rien que pour y aller se baigner. C’est la foule de 8h à 15h. Tous passent devant l’Arca Minca, d’où la clientèle régulière qui a appris à découvrir les bons produits d’Heidrun. Bon, vous voyez qu’à la saison des pluies, l’eau n’est pas très bleue.

J’ai repris la route en essayant de jouer à ce que j’ai mis en place et qui, mine de rien, est la seule chose que je veux faire pour le moment : continuer le voyage. Prendre des décisions sans réelle motivation n’est pas facile. Après des heures passées sur les sites internet pour regarder les lieux cherchant des volontaires ou des housesitters (gardien de maison), pour regarder les dates-destinations-tarifs des vols vers l’Asie, les itinéraires que je pourrais emprunter, j’ai fais des choix, puis d’autres, que j’ai encore changé. Puis je suis tombée sur une option qui me faisait plus plaisir que les autres, alors j’ai sauté sur l’occasion. C’est mon seul repère pour choisir, la joie qu’une idée me procure ou pas.

Brume qui se lève souvent sur les hauteurs en fin de matinée

Nature joliement vivante

Donc, un jour j’ai acheté un billet d’avion pour Singapour, départ prévu le 26 septembre depuis Quito (capitale de l’Equateur). J’aime l’idée de cette destination, ça va me permettre de remonter vers la Thaïlande en passant par la Malaisie, puis rejoindre sans doute le Cambodge et le Vietnam, puis aller vers l’Ouest (Birmanie, Inde, …). Le billet n’est qu’à 600 euros, et fin septembre me laisse le temps, voire même m’oblige, à visiter un peu l’Amérique du sud (j’avoue que ça ne m’emballait pas plus que ça, comme une envie de changer d’ambiance après cinq mois en pays hispanophones). Oui mais, l’Equateur c’est juste à côté. Ca ne me tentait pas trop de traverser ce pays pour rejoindre Pérou et Bolivie, pour ensuite rebrousser chemin. J’ai horreur de rebrousser chemin, au sens propre comme au figuré (c’est quasi autistique comme intolérance). Donc, il y avait la petite sortie de secours : rejoindre Leticia au sud-est du pays et faire le fameux voyage en bateau jusqu’à Manaus, au cœur du Brésil. Ah, j’ai sentie là une petite joie et motivation, comme un nuage qui s’écarte et laisse passer un rayon de soleil. Vous imaginez la sensation intérieure ? J’ai donc réservé un billet d’avion Bogotà-Leticia (seul moyen de rejoindre cette ville à part le bateau depuis le Pérou ou la côte Caraïbe), départ prévu le 19 juin. J’avais un peu moins de deux semaines pour découvrir d’autres lieux colombiens.
Où ?
Je vais vous passer les parcours cérébraux qui m’ont conduite aux choix finaux, ça va prendre trop de temps et je pense que vous avez compris mon labeur. Ca occupe, l’handicap mental.

Bonne sensation de reprendre le sac à dos

Ca m’a fait plaisir de prendre le bus, de me remettre en mouvement. Première destination : Medellin. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais trouver, mais au moins j’aurai vu. C’est une ville immense, très affairée, pas spécialement agréable. J’ai vu la fameuse place avec les statues de Botero. J’ai vu l’immense marché. Dans le centre c’est assez curieux, les commerces sont regroupés par spécialité. Je trouvais bizarre de voir autant de vendeurs de matelas, mais j’ai compris que mon hôtel était dans le quartier des vendeurs de matelas. J’ai croisé celui des outils, des vêtements. Je ne voyais aucune librairie (envie de lire en français, pour vraiment être absorbée par l’histoire).

Statue de Botero

Statue de Botero

Statue de Botero

Beaucoup de vendeurs de rue et de gens vivant dehors

Quand il n’y a plus de place pour les vendeurs de trottoirs, apparaissent les vendeurs itinérants. Entre les magasins, les vendeurs sur le trottoirs, les itinérants et les passants, les rues sont bondées.

Puis j’ai aperçu des vendeurs de rue avec des livres, je me suis dit que j’arrivais dans le quartier des livres ; bingo ! Des librairies partout. Même des sortes de halles avec que des vendeurs de livres. Du coup j’étais quand même perdue. Comme je me suis faite interpellée par un gars qui me demandait si je cherchais quelque chose je lui ai dit « oui, des livres en français ». Il m’a amené à une boutique, m’a dit de m’assoir et il est parti à la chasse. Il est revenu avec des vieux livres, que des classiques : Flaubert, Maupassant, Zola, etc. Pas réjouissant. J’en ai pris deux que je n’avais pas lu : La Nausée de Sartre (qui me rappelait mon propre état) et La condition Humaine de Malraut (qui me rappelait mes propres interrogations). Ca m’a coûté cher, mais bon, j’avais de la lecture. Je n’ai passé que deux nuits à Medellin, pour rejoindre ensuite le plus enthousiasmant village de Guatapé, un peu à l’Est. J’étais tombée sur des photos de ce lieu sur un blog et j’ai de suite eu envie d’y aller.

Balade au marché de Medellin, appareil photo en bandoulière

C’est un joli village très coloré, au bord d’un grand lac plein de méandres et d’îlots. Pour cause : c’est un lac artificiel issu de la construction d’un barrage dans les années 70s. Là, j’ai vu que des choses aussi tristes pouvaient donner des paysages vraiment magnifiques. Encore une fois, ça faisait décor de fantasy, genre pays de hobbits, avec une douceur et une joie dans l’air. Les habitants étaient particulièrement cordiaux, le village très propre (là-bas ils savent utiliser les poubelles, eux), on y sent une sérénité et une bonne qualité de vie. En m’y promenant m’est venu en tête le mot civilisé et des réflexions sur ce que ça signifie. Pour moi ça n’a rien à voir avec la richesse monétaire, la technologie, le taux de mondialisation. Un monde civilisé serait un monde où l’on respecte soi-même, les autres et notre environnement en général. J’ai senti ça à Guatapé. Avec en plus, la présence de nombreux touristes, mais qui ne prennent pas le dessus sur le village.

Rue de Guatapé

J’ai pensé à ma grand-mère en voyant tout ces géraniums

La couleur est partout, et ça change tout!

Initialement les décorations sont apparues sur les maison au moment de la construction du barrage, pour représenter des scènes de la vie des lieux qui allaient disparaitre, pour ne pas les oublier.

Une des principale attractions est La piedra, la pierre. Un immense bloc granitique de 220m de haut, surplombant le lac et offrant un point de vue superbe. Il faut cependant le mériter en grimpant 700 marches, l’occasion d’un peu de sport, chic.
Je me suis également promenée dans la campagne, longeant un torrent à la recherche de cascades que je n’ai jamais trouvées. Ca ne m’a pas empêchée de me baigner dans une espèce de grande flaque bleue claire ; vite fait car à ma surprise l’eau était très froide ! La Colombie est un pays de montagnes, la température est en général plutôt agréable et l’eau d’altitude plus fraîche.

La Piedra et ses escaliers

Vue depuis là-haut. Le lac est source de nombreuses activités aquatiques et les alentours propices au vélo et à la randonnée.

Vue depuis là-haut. Entre les méandres et sur les îlots on voit des petites propriétés qui ont l’air pas mal du tout. Et quelle tranquillité.

Café plus local, où les hommes discutent en jouant au billard, ou comme ici en se faisant cirer les chaussures (photo prise avec mon téléphone qui est une vrai m—e, comme je l’ai déjà dit)

Un peu kitch quand même, il n’y a même pas d’eau qui coule

Après Guatapé je suis allée à Salento (où a été prise la photo mise en avant au début de l’article), bien plus au sud ; il a fallu une journée de bus. Ici encore un petit village dans la montagne, touristique, mais d’un autre style. A Guatapé, tout le centre était dédié aux touristes : restaurants, souvenirs, glaces, artisanat, etc. La périphérie hébergeait la communauté locale, les commerces locaux, les écoles, etc. A Salento tout est mélangé. C’est pas mal. Hormis une rue vraiment dédiée à l’artisanat, l’art, restaurants, cafés en tout genre, le village était homogène, mariant vie locale et commerces/hôtels pour touristes. Les attractions de Salento sont les randonnées à pieds ou à cheval, des tours dans la Nature en général, et l’artisanat. Il est vrai que j’y ai vue de très jolies choses : tissus, sacs, chaussures, vêtements, etc. J’y ai également passé trois nuits, à visiter les rues, randonner et écrire pour le blog.

Rue de Salento

Ici aussi c’est très coloré, mais d’une autre manière.

Fabricant de arepas. En fait c’est comme des tortillas de maïs mais en plus épais.

Vue sur la montagne

En rando

Ensuite, mon idée de base était de voir Calli, capitale de la salsa. Mais Bogotà était dans une autre direction. Le temps me manquait un peu, mais surtout ça me faisait des frais de bus. Je commence à faire plus attention à mes dépenses, parce qu’il ne me reste pas beaucoup de budget. Il va falloir que je trouve des entrées d’argent si je veux terminer la boucle.

Bref, ce que je voulais surtout c’était me poser tranquille pour finir mes articles avant de partir pour le Brésil. J’ai donc pris le bus pour Ibagué, une ville sur la route pour Bogotà, où j’ai pu faire ce que je voulais, et voir une ville banale sans touriste. Ensuite j’ai pris un bus pour Bogotà, où je ne suis restée qu’une nuit pas loin de l’aéroport pour prendre mon avion le lendemain matin. Direction Leticia, la forêt amazonienne, et le trajet vers Manaus.

Rue d’Ibagué

Autre rue d’Ibagué

Un dimanche soir, avant les résultats des élections présidentielles

A ce stade, je me sentais beaucoup mieux. J’avais posté deux articles (j’ai du mal à écrire mais quand je poste je suis toute heureuse) et j’allais vers du nouveau, qui faisait en plus office de surprise au sein du voyage, car cette destination n’était pas prévue à la base. J’aime bien les changements de programme en fait. Peut-être que je me fais des petits programmes juste pour pouvoir les défaire au dernier moment.

Marché à Ibagué

Pour préciser, j’écris mes articles pour témoigner de mon voyage. Simplement pour montrer que ce n’est pas compliqué de partir, pour montrer aussi tout ce qui peut me passer par la tête et la vie. J’ai du mal à me mettre à écrire parce que je n’aime pas trop raconter ma vie, réellement. Mais je veux le faire, pour inspirer, pour que ça parle à d’autres. Quand je partage les moments moins agréables à vivre ce n’est pas pour appeler de l’aide ou du réconfort, pas du tout, je n’en ai pas besoin. Tout ce que je raconte c’est simplement pour témoigner. Si certain.e.s parmi vous passent des moments difficiles, et il y en a sûrement pas mal vu les temps qui courent, au moins vous savez que vous n’êtes pas le ou la seul.e.

Pour conclure sur la Colombie, c’est un pays vraiment très beau (et je n’ai tout vu, loin de là), où il est facile et plaisant de séjourner. Comme d’autres voyageurs me l’ont également raconté, il y a une simplicité de relation avec les colombiens. On s’y sent moins étranger, plus accepté, plus d’égal à égal, plus normal. Et ça, ça fait du bien, de ne pas toujours être une bête bizarre. En plus, il y a partout un minimum de joie vitale. Une légèreté. Des sourires. C’est vraiment agréable.

Paysage vue du bus. On est facilement malade en bus en Colombie, avec tous ces virages en montagne. Mais les bus sont bien équipés, il y a des toilettes et des sachets plastique.

Paysage vue du bus

Ca peut paraître bizarre, mais en Colombie les nuages étaient plus beaux qu’ailleurs.

Maintenant le Brésil, dont je ne connais pas la langue. Pas l’intention de rester longtemps. Il y a ce voyage en bateau que je veux faire, voir Manaus, puis rejoindre l’Uruguay d’une façon ou d’une autre. Ah non, à ce stade j’avais déjà réservé un billet d’avion Manaus-Curitiba (sud du Brésil), pas trop cher, me laissant une semaine à Manaus.

Mais avant ça, un peu d’aventure personnelle dans un hamac, sur un bateau, pendant 3 jours à travers la forêt amazonienne.
Action.

Festival de chansons traditionnelles sur un marché d’Ibagué. L’animateur m’a repérée dans les spectateurs et m’a interpellée pour que je vienne parler au micro, ça m’a fait fuir (poliment,avec le sourire quand même). La naze.

4 thoughts on “Colombie – Beau dehors, flou dedans

  1. Flanar

    C’est beau. Dommage que tu n’arrives pas à t’en imprégner, à faire rentrer du dehors en toi, à t’oublier. C’est bien, tu sais, de n’être qu’une petite partie du grand tout; ça met à sa place, ça n’oblige pas à se chercher une raison d’être…
    Bref, si tu veux que je t’envoie des bouquins, trouve-toi une adresse où tu pourras aller les chercher, je me ferais un plaisir de partager mes lectures (surtout des romans).
    Bise.

    • Maryvonne

      Waouh, super! J’y penserai quand je resterai assez longtemps dans un lieu avec service postal. A Minca par exemple il n’y en avait pas, impossible de me faire envoyer des trucs.
      Bises

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