D’Est en West – 4ème partie : Road trip

Le voyage entre Denver et Las Vegas a été très tranquille. Le bus était direct et pas très plein. J’ai pu avoir une place près de la fenêtre et même les deux fauteuils parce que je n’avais pas de voisin.e. Nous avons traversé les montagnes de nuit, dommage. Mais une fois arrivé à l’Est de la chaîne nous avons été vers le sud, vers Las Vegas. Et là les paysages ont encore changé, devenant plus désertique mais en gardant la roche rouge. Magnifique et aussi tout nouveau pour moi.
A une escale j’ai discuté avec un gars qui était dans le bus depuis deux jours, c’est à dire depuis son départ de New York. Comme quoi on peut faire de sacrés longs trajets sur une même ligne. Il s’appelait Mickael et ça m’a fait sourire parce que c’est un prénom récurrent dans mon voyage. L’archange veille sur ma route.

Paysage depuis la fenêtre du car entre Grand Junction et Las Vegas

Las Vegas est tout simplement une ville dingue. Mais vraiment, complètement, dingue. Time square à New York est minable à côté de Las Vegas. Et je n’ai pas beaucoup vadrouillé.
On a du arriver vers 17h il me semble. J’avais réservé un hôtel pas trop loin de la gare routière, mais il s’avère que c’était aussi tout à côté de Fremont street dans le nord de la ville. Cette rue est en partie entièrement piétonne et entièrement couverte. On est donc comme dans un immense hall (le toit est très très haut) bordé de casinos plus pimpant les uns que les autres, de restaurants, de magasins de souvenirs ou de confiserie, de street food. Si on lève la tête on peut voir de temps en temps des gens passer en hurlant au dessus du vide, le long d’un câble auquel il sont accrochés par la ceinture.
J’ai traversé cette rue avec mon sac à dos, médusée, pour rejoindre l’hôtel Cortes où j’avais réservé une chambre via Booking.com. La chambre n’était pas chère, immense, super confortable (il y avait une baignoire!) avec un lit pour trois. Vraiment pour trois, je n’exagère pas, trois bonnes places, avec trois oreillers d’ailleurs.

J’avais décidé de manger au moins une fois un burger aux Etats Unis et je me suis dit que ce serait ce soir là. Alors je suis partie à la recherche d’un endroit pour ça. J’aurais pu rester à l’hôtel qui faisait aussi casino, avait deux restaurant, trois boutiques et un institut de beauté/massage. Mais je voulais voir ce monde de fous alors je suis sortie. Et je suis tombée sur un resto complètement dingue également. Il s’appelait le Heart attack grill (Arrêt cardiaque Grill) et prônait, avec humour, les calories et le cholestérol. Les affiches disaient lutter contre l’anorexie depuis 2005 et vantaient d’avoir les burgers les plus caloriques des USA.

Il ne faisait que des burgers, on avait juste le choix sur le nombre d’étages qu’on voulait à l’intérieur. Soit un simple, un double, un triple, un quadruple, … jusqu’à l’octuple. Un étage = steak+bacon+fromage+oignon+tomate. Donc un octuple c’est huit fois ça.
Il y avait une balance à l’extérieur près de l’entrée parce que les gens qui pesaient plus de 350 livres (158 kg) avaient le repas gratuit, en récompense. Les personnes qui ne finissaient pas leur burger recevaient la fessée par les serveuses avec un battoir un bois. Ah et puis les clients étaient vêtus d’une blouse comme chez le coiffeur, pour pouvoir manger à pleine mains sans risque.

Regardez cette vidéo faite par un homme de plus de 350 livres qui commande le plus grand hamburger du restaurant. Le finira-t-il?

Ca me faisait bien rire (ce qui me manque pas mal) alors je suis rentrée. De jeunes serveuses habillées comme des infirmières sexy m’ont aidée à mettre la blouse et elles m’ont indiqué une petite table. J’ai commandé un double. C’était très bon, même le pain était bien, rien à voir avec les pains de mie que l’on a habituellement sur des burger. Et même en étant bonne mangeuse j’aurais eu assez avec un simple, mais j’ai tout fini parce que je ne voulais pas avoir la fessée ! Je n’ai pas eu faim jusqu’au lendemain soir.

Mon gueuleton

Après je me suis promenée dans Fremont street, en rentrant de temps en temps dans des casinos pour voir comment c’était : toujours pareil. Des lignes de machine à sous, des tables de jeux différents que je ne connais pas, des gens sans sourire jouant comme des robots sans s’amuser. C’est assez glauque Las Vegas quand on regarde le visage des joueurs. J’aurais bien joué un peu, histoire de, mais je n’y comprenais vraiment rien, même aux machines.
De temps en temps il y avait une scène avec des spectacles de chant ou de danse. Dans la rue elle-même il y avait beaucoup d’artistes musiciens, acrobates, magiciens, etc faisant leurs tours au chapeau.

Casinos dans Fremont street couverte comme un grand hall

Je ne suis pas restée longtemps, alourdie par le burger et envie de me reposer. Le lendemain j’allais louer une voiture et prendre la direction de l’est vers l’Arizona et le Grand Canyon. Alors j’ai pris un bain dans la baignoire et j’ai bien dormi dans l’immense lit.

L’hôtel proposait des navettes gratuites pour l’aéroport et c’est là que je devais récupérer la voiture. J’en avais réservé une grâce au site Carigami. Il est vraiment pas mal, en français, clair, on peut réserver une voiture un peu partout dans le monde avec des prix très intéressant, que ce soit pour la voiture ou les assurances annexes. En général les prix sont moins élevés quand on prend ou rend une voiture dans l’aéroport du secteur. Egalement quand on rend la voiture là où on l’a prise. Mais Las Vegas et San Francisco sont sans doute des sites de location suffisamment grand car je n’avais pas de majoration pour restituer la voiture à San Francisco une semaine plus tard.
J’ai donc pris la navette pour l’aéroport, qui s’avérait être une énorme voiture, et j’étais la seule cliente à la prendre à cette heure là. Du coup j’ai traversé Las Vegas dans une belle voiture privée avec chauffeur pour pas un rond. En plus il était sympa le chauffeur, un ancien de l’armée qui avait passé plus de 20 ans entre Afrique et Afghanistan ; il a dû en voir des trucs. Il m’a donné des conseils pour le Grand Canyon mais m’a surtout expliqué que toutes les compagnies de location de voiture avaient été déménagées de l’aéroport pour un autre endroit plus éloigné. Cependant, des navettes gratuites conduisaient les clients de l’aéroport à cet endroit tout neuf. Du coup il m’a déposé aux navettes et m’a souhaité bon voyage.

Maintenant je le sais bien, que Elvis n’est pas mort

La navette en question nous a déposés devant une sorte de de grande gare où toutes les boutiques sont des agences de location de voitures. Tous les noms y étaient plus ceux que je ne connaissais pas, comme le Adamo auprès duquel j’avais réservé. Là, j’ai un mauvais souvenir parce que j’ai l’impression de m’être fait entourloupée, même si ça vient du fait que j’ai mal compris ce qu’on m’a dit. Avec ma réservation j’avais une voiture pour une semaine pour 175 euros avec restitution à San Francisco. Mais la madame m’a demandé si je ne voulais pas une voiture plus confortable qui était disponible. Je lui ai demandé combien ça coûterait en plus et j’ai compris 25 dollars, ce qui était vrai mais par jour. Du coup la voiture m’a couté deux fois plus que ce que j’avais prévu. Ceci dit, elle était vraiment confortable. Une fois les formalités réglées on va à l’immense garage à étages et on nous laisse choisir la voiture que l’on veut dans la catégorie pour laquelle on a payé. Une Ford escape noire m’a fait de l’oeil et le tour était joué.

Rien à voir avec la passat de Lorena à Boulder. Conduire à été un plaisir et me lancer dans les 2×5 voies aux alentours des grandes villes une émotion digne de la chenille de la fête foraine. Ceux qui ne connaissent pas la chenille tant pis pour eux.
Toujours est-il que me voilà au volant d’une bonne voiture, à la sortie de Las Vegas, avec la perspective d’une semaine de liberté à rouler où je veux. Et déjà la dopamine de savoir aussi que le lendemain j’allais voir le Grand Canyon. En attendant j’avais 6 heures de route devant moi pour rejoindre Flagstaff où j’avais réservé une chambre Airbnb.
J’ai mis mes lunettes de soleil, réglé la clim à mon goût, et suis partie sur les routes du Nevada en mettant ça dans la sono :

Barry White, c’est mieux sans l’image

Si, je l’ai fait. Et c’était très drôle. En quittant Las Vegas ça faisait un effet bœuf parce que c’est une ville très 70’s. Je ne regrettais qu’une chose à ce moment là : ne pas avoir mes sœurs avec moi parce qu’on se serait bien fendue la g—le.

J’ai raté quelques photos sur la route pensant que le paysage ne changerait pas trop. Peu après Las Vegas, quand on va vers le sud-est il y a des vues époustouflantes. Notamment au niveau de la ville d’Henderson où l’on descend vers une vallée face à l’immense Mead Lack formé par le fleuve Colorado à l’extrémité ouest du canyon. Grandiose. Ensuite j’ai roulé sur la 93 jusqu’à Kingman où l’on rejoint la 40 qui a ce niveau remplace la 66. Cette route mythique est surtout historique à présent car elle n’est plus utilisée comme route principale. Quand elle traverse une ville la rue en question s’appelle historical 66 road. On peut l’utiliser entre les agglomérations mais pas en continu car elle n’est pas toujours entretenue voire détruite (une fois j’ai été arrêtée par un tas de gravas). J’ai donc roulé vers l’Est sur la 40 avec le soleil allant vers son lit dans mon dos, inondant de lumière rouge les terres déjà rougeâtres qui pour alors flamboyaient littéralement sous mes yeux.

Vue à la sortie de Boulder city (Nevada)

Sunset on the road

Paysage par la fenêtre latérale. Ca rappelle un peu l’Afrique. Non, c’est pas bien de prendre des photos en conduisant

J’avais choisi Flagstaff comme escale parce que ce n’est pas trop loin du Grand Canyon mais assez loin pour avoir une chambre à prix correct. C’était en Airbnb cette fois-ci, chez un gars au nom mexicain que je n’ai jamais vu. Il m’a dit par texto qu’il avait du boulot et que je n’avais qu’à m’installer. J’ai passé deux nuits dans cette maison vide à moitié en déménagement ou à moitié en emménagement, sans voir personne.

Le lendemain donc, direction le Grand Canyon, un peu intimidée par l’évènement. Il y a différents site pour voir le canyon. J’avais choisi le Parc National, côté sud. On peut également y arriver par le nord mais cette partie n’est pas ouverte toute l’année. On peut aussi aller dans un secteur plus à l’ouest (donc plus près de Las Vegas) qui a l’air vraiment chouette : d’après le chauffeur de Las Vegas c’est l’endroit où le canyon est le plus profond et où a été construit la fameuse passerelle skywalk, faite de verre pour de grands frissons au dessus du vide. Si j’ai bien compris cette partie là est en plus vraiment gérée par les indiens Hopis eux-mêmes alors que le National Park est fédéral. La partie sud de ce dernier longe le canyon sur une trentaine de kilomètre. On peut y entrer d’un côté et sortir de l’autre ce qui fait faire une boucle depuis Flagstaff, ce que j’ai fait. Il m’a fallu quand même 1h30 pour arriver à l’entrée Est du parc. Sur la route j’avais déjà des aperçus du canyon et surtout du désert qui l’entoure. Il y a aussi plusieurs endroits sur le bord tenus par des indiens Hopis, où l’on peut se restaurer et acheter de l’artisanat.

Grand Canyon depuis le point de vue le plus à l’Est. C’est aussi le plus impressionnant.

Zoom depuis le même point de vue. On peut voir le fleuve Colorado passer au fond du canyon

L’entrée dans un parc national coute 30 dollars par voiture, quelque soit le nombre de passagers. Toute seule ça fait un peu cher, mais je n’avais pas envie d’entrer en piéton et d’être dépendante des navettes. Et comme je voulais faire d’autres parc nationaux ensuite j’ai pris une carte à l’année qui coûte 80 dollars. Ca me faisait gagner seulement 10 dollars mais j’ai aussi pu laisser la carte en cadeau plus tard, à la fin de mon séjour. J’aime bien avoir des cadeaux à laisser aux gens que je rencontre, qui m’hébergent, qui m’aident dans le voyage.

Avec 30 km de long ce n’était pas facile de savoir où aller ni que faire. Moi je voulais tout voir. Alors je me suis arrêtée à tous les points de vue le long du canyon, soit une dizaine je crois. Maintenant que je connais, ce n’est pas forcément le truc à faire. Trois ou quatre points de vue sont suffisant et le reste du temps j’aurais pu faire une plus longue marche. Ou m’enfoncer dans la forêt. Le canyon est bordée par une forêt de petits arbres. Et le parc national est lui-même bordé au nord comme au sud par la Kaibab National Forest.

Gros plan sur falaise sculptée

Les plantes n’ont pas le vertige

Toujours est-il qu’on peut en parler pendant des heures, préparer le circuit ou pas, on prend une claque. Enfin moi du moins. C’est vraiment un site impressionnant pour les yeux, tellement c’est grand et beau. Mais aussi pour tout le corps, tellement on y sent une énergie très puissante. Personnellement j’aurais bien apprécié le silence face à tout ça. Mais il y avait beaucoup de gens, beaucoup de touristes (mexicains, chinois, japonais, indiens, étatsuniens, allemands, est-européens), d’autant plus que c’était les vacances et la veille de thanksgiving. Et il ne fait pas très chaud en novembre sur les bord du Grand Canyon. La partie nord peut même avoir de forts gels pendant l’hiver. Il devait faire 13°C quand j’y étais.

Extrait de la foule

Je suis restée regarder le soleil couchant enflammer les parois vertigineuses de ce haut lieu puis je suis rentrée dans la nuit, toute heureuse de ma journée. Le lendemain j’avais une longue route pour rejoindre la Californie et me rapprocher le plus possible du Sequoia National Park. Voir ces géants était un autre de mes rêves. Et c’est vers ça que j’allais rouler.

La lumière devient vraiment intéressante

Le canyon s’enflamme

Variations géologiques et spectrales

Couvre feu

Hello moon

Durant ce road trip, enthousiasmée par les journées qui s’annonçaient je me réveillais assez tôt et était au volant à 9h au plus tard. Je n’aime pas trop conduire. Sauf pour les road trip, j’aime les longs trajets un peu fous (n’est-ce pas Armelle?!).
Le lendemain je suis partie dans la fraîcheur de Flagstaff direction plein ouest. J’avais réservé une autre chambre Airbnb à Bakersfield pour la nuit suivante. Je suis sortie de temps en temps de la route principale pour faire un peu de 66. Notamment pour faire une pause et prendre un thé. Dans les stations service je prenais juste un grand verre d’eau chaude et j’avais mes sachets de thé, parce que le thé Lipton yellow ou équivalent qui colle aux dents je ne peux plus. Les verres (en plastique) sont tellement grands que je reprenais la route en le posant à côté de moi, à l’endroit fait pour ça dans toute les voitures américaines et peut-être les européennes aussi maintenant. C’est vraiment dommage tous ces gobelets en plastiques utilisés dans beaucoup de cafés pour une seule utilisation. Le truc, que j’ai vu faire plusieurs fois, c’est d’arriver avec son propre verre, qui ferme et tout et tout. Il n’y a pas beaucoup de gens à faire ça, c’est dommage. Bon ok, il faut le porter toute la journée ce grand machin (les verres sont très grands), mais il y a moyen de s’organiser je pense. En tout cas les Starbucks, Peet’s et autres grandes chaînes devraient faire un effort là-dessus, comme par exemple faire un tarif moins cher si on a son verre. Remarque, peut-être qu’ils le font. Si oui ils ne le font pas savoir du tout. Les petits cafés indépendants servent le café dans des vraies mug, du moins quand on reste sur place. Je n’ai pas fait attention s’ils donnent des gobelets plastique à emporter ou s’il faut avoir son verre.

Route du Nevada

En roulant j’écoutais pas mal la radio. J’aimais bien tomber sur des programmes country. La vraie country c’est vraiment chouette. Et la meilleure c’est la country irlandaise, que j’ai découvert en Irlande et qui est très très agréable à écouter. Avec Colm (voir Suite de ma balade irlandaise) j’ai découvert aussi que beaucoup de morceaux de rock américains étaient des reprises de country irlandaise.

Sinon j’ai beaucoup écouté Gorillaz, 21 pilots et Amy Winehouse. Et Katie Melua, qu’un ami m’a fait découvrir. Barry White aussi, mais, euh, comment dire, je m’en suis très vite lassée. Je n’ai pas grand chose en réservé, je n’écoute plus beaucoup de musique, sauf en voiture. En plus je n’ai pas tout compris à iTunes, iCloud, les liens entre le téléphone et l’ordinateur, … ça ne marche pas ou c’est ma blondeur. Il faudrait que je prenne des cours avec ma nièce, il n’y a rien de tel qu’un.e d’jeune pour tout comprendre.
Ubuntu me manque.

Route du Nevada, avec le son

C’est très agréable de conduire aux Etats Unis. Les conducteurs ne sont pas agressifs, je n’ai jamais vu personne coller et s’énerver. Pas vu de queue de poisson, de conduite nerveuse. Les voies allant dans les sens différents sont séparées par plusieurs dizaines voire centaines de mètres, ce qui est plus reposant. Les voitures sont énormes. C’est frappant. Sauf quand on arrive sur la côte ouest autour de San Francisco : on retrouve des petites voitures et même des vieux tacots, dont des vieilles Buick, magnifiques malgré la peinture parfois écaillée.
Je pourrais écrire des pages et des pages sur tout et n’importe quoi, comme toutes les idées et réflexions qui passent quand on conduit pendant une journée.

Paysage du sud Nevada

Le soleil se couchait quand j’arrivais à Bakersfield. Je me souviens d’avoir été épatée par le paysage de collines d’herbes sèches, rondes et chaleureuses qui précèdent l’arrivée. Ensuite on descend dans une plaine, accueillant des cultures fruitières et maraîchères à perte de vue. Je me suis arrêtée dans un supermarché avant de rejoindre la chambre. J’étais déjà au Mexique. Les produits étaient pour la cuisine mexicaine, du rayon fruits et légumes au stand de tortillas fraîches faites sur place. Les clients parlaient espagnol et même une annonce faite au micro était dite en espagnole. Pareil dans la rue où je logeais, et mon hôte que je n’ai également pas vue s’appelait Lopez. La chambre était très chouette, avec une entrée indépendante et tout en privatif : salle de bain et kitchenette. Même au Etats Unis les mexicains sont moins chers.
Bon, je n’ai pas très bien dormi parce que c’était le soir de thanksgiving et que même les mexicains l’ont fêté dans cette rue avec pétards et musique. Et qu’il y avait des chiens qui aboyaient toute la nuit.

Arrivée en Californie

Le lendemain j’ai pris la route pour Sequoia national park avec un peu d’inquiétude parce que j’avais vu sur internet qu’il y avait des risques de neige dans le parc. En même temps les infos disaient qu’il était facile de louer des chaînes sur la route. J’ai guetté mais je n’ai rien vu, et le soleil était toujours là, le thermomètre ne baissait pas. De fil en aiguille je suis arrivée à l’entrée du parc, comme beaucoup d’autres voitures avec des passagers en vacances ou en long week-end. J’avais monté en altitude mais le thermomètre ne bougeait toujours pas et aucun signe de loueur de chaînes. En fait les infos n’étaient pas valides pour ce week-end là. Il a fait très beau et chaud, je m’étais inquiétée pour rien.

Paysage de Sequoia Park

Mais, il y avait une sacrée file de voitures pour entrer dans le parc. J’ai du faire du touche touche pendant plus d’une demie-heure, et ais gagné du temps sur la fin en pouvant prendre la file du personnel ou des abonnés : j’avais ma carte, héhé.
Ensuite il fallait encore rouler pour rejoindre l’endroit du parc où il y a des séquoias. Du moins les endroits que l’on peut visiter, avec des parkings. La forêt est bien gérée et suivie. Le meilleur moyen pour découvrir cet endroit est de partir pour au moins deux jours de rando. Il faut une autorisation pour pouvoir bivouaquer, mais ça se demande et il n’y a que comme ça que l’on peut profiter pleinement de cet autre endroit puissant.
Le paysage était magnifique, et j’ai suivi la file de voitures pour rejoindre le parking que je visais. Quand j’ai vu le premier sequoia au bord de la route ça m’a fait un boum au cœur. Le parking était plein, j’ai été aiguillée vers un autre parking plus loin, sans séquoia. Alors il a fallu prendre une navette qui faisait lien entres plusieurs sites. Il y avait foule. Les sentiers étaient goudronnés. Ce n’était pas terrible. Le chemin descendait beaucoup pour nous mener à un sequoia mascotte, particulièrement large, que tout le monde prenait en photo. J’ai marché pour dépasser les zones les plus fréquentées pour essayer d’avoir un peu d’intimité avec les géants. Il y a eu une petite côte et j’ai senti un grand coup de barre, mon manque de turbo encore présent. Pfffff… La remontée vers la navette allait être lente.

Mais j’ai pu apprécier la forêt. Il y a vraiment une grandeur, une majestuosité qui se dégage des séquoias. A un moment j’ai entendu parler français, ça m’a fait drôle et plaisir ! Je me suis retournée et ai dis bonjour avec un sourire aux trois jeunes personnes que j’avais entendu ; elle m’ont répondu bonjour mais en tirant une tête pas possible, l’air de dire « merde, on fait tout ce chemin pour tomber sur des français ». Alors je n’ai pas insisté et ai passé mon chemin.
J’ai vu un grand séquoia complètement ouvert, ça faisait comme une grotte dans le tronc. Je lui ais demandé s’il pouvait me faire un soin. Il a dit oui, à condition de ne pas prendre de photo à l’intérieur. Ok. Je suis entrée et me suis assise. Et mon premier réflexe a été de prendre mon appareil photo mais je me suis rappelée qu’il ne fallait pas, tout en rigolant d’avoir failli oublier aussi vite. J’ai fermé les yeux et lâché le mental comme je pouvais, en faisant le vide. Et puis je suis ressortie quand j’ai senti que c’était fini.
Et bien peut-être que vous ne me croirez pas, mais ça ne changera rien pour moi : depuis j’ai mon turbo. La remontée je l’ai faite en dépassant tout le monde, en me délectant de ses sensations retrouvées. J’avais préparé le terrain, mais là j’ai bien vécu un avant et un après. Fantastique.

J’ai rejoint la voiture en fin d’après-midi et j’ai roulé vers la sortie plus nord du parc, en traversant des paysages vraiment époustouflant, surtout avec le coucher de soleil. Le soir j’ai dormi dans un motel après avoir fait quelques courses. Mes repas solos sont à peu près toujours du même type : légumes crus (parmi la salade, kale, poivrons rouges, betterave rouge, radis, concombre, céleri, ail ou oignon), tortillas de maïs (faut préciser maintenant parce qu’en trouver devient difficile avec l’invasion du blé dans toutes les cuisines du monde), avocat ou guacamole ou hummus. J’adore et je me sens bien avec ça. Plus un bout de chocolat ou un biscuit pour la fin, je suis toujours aussi lichouz (mot breton signifiant gourmand mais plutôt envers le sucré).`

Le lendemain j’ai pris la direction du parc national des Yosemites. J’avais moins de route à faire alors je suis arrivée plus tôt, ce qui m’a permis de faire une vraie bonne randonnée. Je ne sais pas si c’est pour ça mais c’est le parc qui m’a fait le plus d’effet. Cette vallée, ou aboutissent des vallons, bordés de falaises immenses, parsemées de cascades, offre un décor digne d’un film fantastique. Croiser de trolls et voir passer des dragons paraitrait presque normal.
Il y avait un monde fou, plus que dans les précédents parcs. J’ai eu du mal à me garer, mais j’ai surtout eu du mal à en sortir à la nuit tombée, avec des bouchons énormes. Mais mon dieu, quelle journée délicieuse.

Yosemite valley

Zoom sur une cascade

J’avais repéré un peu au pif un sentier qui pourrait faire une boucle et qui passait par des cascades. Là encore, chemins goudronnés pour faciliter l’accès, notamment aux fauteuils roulant. Il y avait beaucoup de monde sur ce sentier, mais peut-être que c’était comme ça sur tous les sentiers. Et j’ai été étonné par la population qui se lançait dans l’ascension : il y avait plusieurs familles de personnes très enrobées, habillées comme à la ville avec des chaussures pas du tout adaptées et une bouteille de 25 cl d’eau pour le groupe. Ca se voyait parce qu’il n’avait pas du tout de sac et une personne portait la bouteille en question à la main. Et ce malgré les panneaux avertissant de prévoir au moins un litre d’eau par personne et d’avoir de quoi se couvrir en cas de changement de temps.

Ca m’a fait réfléchir sur la facilitation de l’accès aux grands espaces naturels, parce que dans certains cas ça aide aussi des gens à se lancer dans des trucs irresponsables. Et d’un autre côté, je ne crois pas qu’ils soient morts et j’appréciais de voir ces personnes aller grimper jusqu’à une cascade dans un parc national, alors que je les aurais plus imaginé devant la TV avec des sodas. Les USA sont hétéroclites, ont y rencontre tous les clichés qu’on peut avoir sur eux. Mais pour moi globalement tous ces clichés s’effondrent, aucun ne tient la route d’une manière générale si on veut vraiment être honnête. Les Etats-Unis sont trop diversifiés et ouverts pour ça, et la plus grande partie de cette diversité est inconnue à l’extérieure, elle ne s’exporte pas. Les Etats-Unis sont peu appréciés dans le monde et il y a des raisons à ça. Mais il est important je trouve de rester honnête et de s’en tenir à ces raisons qui ressortent des politiques étrangères militaires et commerciales que beaucoup d’étatsuniens réprouvent autant que nous. Pour le reste, je peux témoigner que ce qu’on nous raconte sur la société étatsunienne est partielle et grossière.

A un moment le chemin passait par un pont au-dessus du torrent en aval de la première cascade. Après le pont il n’y avait plus de bitume et le sentier grimpait plus fort, vers la cascade. Du coup il y avait moins de monde, premier écrémage. J’avais plaisir à grimper sans cette fatigue bizarre, je retrouvais possession de mon corps. Mais du coup je sentais bien mes vrais facteurs limitant, mon manque d’entrainement. Pas trop les jambes, mais le souffle. J’ai du mettre deux heures à arriver au sommet de la cascade. En me rapprochant de l’eau pour voir la chute vue d’en eau j’ai croisé le regard d’un gars qui me disait quelque chose. On a percuté en même temps en disant tout haut : « hier, à Sequoia Park ». C’était un des français à qui j’avais dis bonjour ! Fallait le faire quand même pour qu’on se retrouve en même temps au même endroit aux Yosemites. Du coup on a échangé quelques mots, mais sans plus non plus. Ca nous a au moins fait rigoler tous les deux.

La deuxième cascade

Je pensais ne pas aller plus loin mais en poursuivant un peu pour voir, je me suis retrouvée à continuer tellement c’était beau. Et je me suis vite mise en tête d’aller voir le haut de la deuxième cascade. Soit une heure de plus, vraiment difficile sur la fin, c’était comme monter des escaliers en permanence. Mais quel plaisir une fois en haut. J’aurais bien continué pour faire la boucle envisagée mais je n’en avais vraiment pas le temps. Il y avait aussi le trail John Buir qui se poursuivait là, apparemment très connu. En montant j’avais croisé plusieurs randonneurs avec gros sac à dos qui redescendaient vers la vallée. Ils avaient sans doute fait plusieurs jours de trek et bivouac, ça me faisait vraiment envie. Pour une prochaine fois.

En haut de la deuxième cascade. Calme de l’eau avant la chute.

Du haut de la deuxième cascade

Magnifiques falaises

J’ai mis deux heures à redescendre, dans le soir qui tombait, l’air qui se rafraichissait. Il faisait nuit quand je suis arrivée à la voiture, mais j’étais toujours en T-shirt avec un sourire jusqu’aux oreilles comme si j’avais fumé un pétard. Shootée de sport et de Nature, le pied.
Bon, je passe le bouchon de sortie. J’ai rejoins un autre motel où j’ai super bien dormi, heureuse comme on ne peut pas plus, sourire aux lèvres aussi parce que le lendemain j’allais voir le Pacifique pour la première fois.

Sentier menant à la première cascade

Descente vers la vallée

Hello moon

J’avais réservé une place pour deux nuits dans une auberge de jeunesse perdue sur la côte sauvage entre Santa Cruz et San Francisco. Ca me laissait une journée pour y arriver, une journée pour me balader sur la côte le lendemain et j’étais près de San Francisco pour rendre la voiture le surlendemain. La route traversait d’immense espaces maraîchers. Des légumes sur des milliers d’hectares. Je voyais les fourgons amenant les ouvriers sur site pour planter ou récolter ou nettoyer un champ. Et j’ai eu la surprise de voir que ça cultivait beaucoup sur billons ! Je ne sais pas quelle était leur principale motivation mais c’est tout bon le billon, pas assez pratiqué. C’est ce qu’on fait en traction animale, mais je connais au moins deux fermes qui travaillent au tracteur et sur billons. Peut-être que ça va s’étendre.

Par contre plus j’allais vers l’ouest plus le temps se couvrait, pour laisser tomber une bruine, puis une petite pluie. Quand je suis arrivée à Santa Cruz je me suis arrêtée faire des courses sans savoir trop quoi faire ensuite. En fait, je crois que je m’attendais à trouver un front de mer avec plage et bancs et cafés et restaurant, mais non. Ca c’est le genre niçois, pas santacruzien. J’ai poussé un peu plus pour trouver un coin sympa sur la côte. La pluie s’est accrue, je ne trouvais pas de coin sympa, alors je me suis arrêtée sur un parking pour pique-niquer dans la voiture face à la mer agitée. L’idée que je me faisais de la côte Pacifique était complètement différente. Là, j’étais revenue dans le décor breton.
Il était encore trop tôt pour aller à l’auberge, l’entrée se faisait plus tard. Je suis entrée dans un café de l’autre côté de la route pour attendre avec un déca et un muffin maison. En regardant la pluie.

Non, ce n’est pas Lampaul Plouarzel, ici les griffes de sorcières sont beaucoup plus étendues

Et puis je suis repartie vers le Pigeon hostel. Qui occupe les bâtiments d’un vieux phare, au bout d’une pointe, au bord de la (petite) falaise. Elle avait l’air bien sympa cette auberge de jeunesse. Sur la route je suis passée devant des panneaux de maraîchers bios qui annonçaient vendre qui de la soupe, qui des tartes, qui des tourtes, et on était un dimanche.
A l’auberge j’ai été accueillie par un homme de 55-60 ans, très babacool, parlant avec une voix très douce et avec un joli sourire bienveillant. Ca m’a fait soleil dans ma journée.
Il y avait plusieurs petits bâtiments autonomes les uns des autres, ayant chacun sa cuisine, son salon, ses dortoirs et ses salles de bain. J’étais dans le pavillon dauphins, la déco était avec des dauphins partout. C’était très propre, très confortable et sympa parce qu’on était en petit comité. Dans le salon il y avait une petite bibliothèque, des jeux, mais pas de TV. Il y avait la wifi et le code était hippigeonhostel (gag).

Puisque je vous dis que ce n’est pas Lampaul Plouarzel, voyons! Ce ne sont pas des goelands mais des pélicans!

Vous voyez bien que ce sont des pélicans

Après une balade sur la côte me donnant l’impression d’être revenue en pays natal je suis rentrée me doucher, dîner et regarder ce que je ferai le lendemain. A côté il y avait une réserve littorale hébergeant entre autres des éléphants de mer, et pas loin une forêt de Redwoods elle aussi protégée. C’était plus qu’il m’en fallait.

Pigeon hostel

Vol de pélicans

Ils sont partis

La journée suivante était très belle, ensoleillée, sans de vent. J’ai quitté l’auberge assez tôt et à 8h j’étais à l’entrée du Ano nuevo State Park. Je ne savais pas si ma carte marchait à cet endroit, le garde m’a dit que non, elle était pour les parcs et réserves nationales, c’est à dire fédérales. Ici State disait qu’elle était gérée uniquement par l’état de Californie. Il me fallait donc payer l’entrée qui était de 10 dollars. Je n’avais qu’un billet de 20 dollars et il ne pouvait pas me rendre la monnaie dessus alors il m’a laissée entrée gratos.
J’étais la première personne à arriver et c’était agréable de marcher dans la fraîcheur du matin. J’ai longé des zones humides et admiré des rapaces qui tournaient dans le ciel. De grands oiseaux avec une tête rouge, je ne sais toujours pas ce que c’est. Il y en a partout en Californie. Il y avait une autre espèce plus petite aussi. Je regrettais de ne pas avoir mes jumelles et un guide ornithologique. Ca m’a manqué plusieurs fois. Mais je ne peux pas tout emporter.

Zone littorale humide avec rapace non identifié

Rapace

Héron! Héron petit, pas Tapon

J’ai marché assez longtemps pour rejoindre les plages où s’installent les éléphants de mer. C’est un site de reproduction, mais celle-ci ne commence qu’en janvier. Fin novembre il y avait uniquement des juvéniles, qui se prélassaient au soleil. Les adultes arriveraient plus tard et alors les combats de mâles commenceraient pour la constitution de leur harem.
Il y avait des bénévoles sur place, aidant à la surveillance et la préservation du site. Ils étaient aussi là pour informer les visiteurs. C’était vraiment intéressant d’écouter les informations donnés par ces passionnés.

Jeunes éléphants de mer

Sur la plage abandonnés…

Hein?

Quand je suis arrivée à la voiture il était midi. J’étais éberluée car je n’avais pas vue le temps passer. J’ai rejoins la forêt Butano State Park qui était donc aussi gérée par la Californie. Il n’y avait personne dans le kiosque d’entrée mais j’ai vu un panneau qui disait de remplir une fiche en deux exemplaires avec notre nom, le type et immatriculation de la voiture, la somme due. Une était au dos d’une enveloppe dans laquelle on devait mettre la somme demandée pour entrer puis laisser le tout dans une boîte. L’autre fiche était à mettre en vue sur la tableau de bord. Je n’avais toujours que mon billet de 20 dollars, alors je l’ai mis dans l’enveloppe en me disant que du coup je payais pour les deux parcs.

Ca a été un super moment. Les redwoods sont de très grands pins. En fait si j’ai bien compris les séquoias sont aussi des redwoods. Et les redwoods des sequoioideae. Ces derniers regroupent une famille de conifères au bois rouge et de très grande taille. Bref, je dont je suis sûre c’est que je rencontrais une autre espèce de géants. Leur tronc est plus fin, moins évasé à la base et l’écorce est plus classiquement comme celle des pins. Mais ils sont vraiment impressionnant. Surtout quand on se retrouve seule dans une forêt très dense composée de plusieurs espèces d’arbres et que tout d’un coup on rencontre un groupe de redwoods.

Tronc de redwood

Fougère

Limace

Lichens sur branches

Hello moon

J’ai fait une belle randonnée de 3h dans cet endroit calme à la forte odeur d’humus. J’ai vue plein de tritons et de limaces jaunes traverser mon chemin. Ca m’a fait beaucoup de bien cette immersion en forêt.
Il était pas loin de 17h quand je suis revenue à la voiture. J’ai repris la route pour un autre trajet que celui à l’aller histoire de voir le village le plus proche qui s’appelait Pescadero. Et puis j’ai rejoins la côte au moment du coucher de soleil. C’était magnifique de voir la boule jaune orange plonger dans l’eau. Je l’imaginais se lever en Asie. J’en ai fait un petit film qui montre la disparition de notre étoile.

Voila, le road trip se finissait en beauté.

Le lendemain j’ai ramené la voiture à San Francisco, au centre-ville. Avec un coup de stress parce que même dans les grandes villes américaines il y a des zones qui ne captent pas les ondes des mobiles et j’ai failli me perdre avec le GPS qui ne marchait plus. Rien de grave en soit, mais je devait restituer la voiture à midi et me faisais peu de doute sur une potentielle majoration si j’arrivais en retard.
Je suis arrivée à 11H55. J’ai remis les clefs. J’ai charger mon sac sur mon dos.
Ca faisait longtemps. Et j’ai beaucoup, beaucoup, apprécié.
En fait, je me sens plus libre avec le sac à dos que la voiture. Et si je suis ravie de ce road trip qui m’a permis de voir des endroits fabuleux, j’ai aussi vu que voyager avec un véhicule coupe de la vie du pays. C’est bien de temps en temps. Il n’y a rien de tel que les transports en commun. Ils me permettent de plonger dans la vie locale, de rencontrer et de parler à des gens.

Sac sur le dos, je suis sortie du parking à étages pour arriver dans la rue.

Et dire que j’étais à San Francisco.
J’allais dormir à San Francisco…

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